Entretien avec Laurent Chagnas, militant CFDT de DCNS Indret.

Publié le 24/01/2012 à 00H00
La précarité, une fatalité ? Pour la section CFDT, la réponse est non. Et à travers son jugement du 16 décembre 2012, le conseil des prud'hommes lui donne raison ! Retour sur l'action de la section, à travers un entretien avec Laurent
Entretien avec Laurent Chagnas, militant CFDT de DCNS Indret.
Entretien avec Laurent Chagnas, militant CFDT de DCNS Indret.
La précarité, une fatalité ? Pour la section CFDT, la réponse est non. Et à travers son jugement du 16 décembre 2012, le conseil des prud'hommes lui donne raison ! Retour sur l'action de la section, à travers un entretien avec Laurent

Courant octobre 2011, la section CFDT DCNS Indret fait le choix d'accompagner un salarié intérimaire au conseil des prud'hommes, pour faire requalifier son contrat.

Quelle était la situation de cet intérimaire, pour que vous montiez un dossier ? Il était en poste depuis combien de temps, et sur quel secteur ?

Laurent : Il était intérimaire à Indret au service montage comme préparateur mécanique depuis presque 2 ans. Après une première période « légale » de 6 mois pour remplacement, il a été reconduit sur le même poste en Accroissement Temporaire d’Activité (ATA) sur une durée de 18 mois.


Mais pourquoi avoir déposé un dossier le concernant, alors que l'intérim est assez 'fréquent' à DCNS ?

Laurent : Ses collègues de travail, adhérents CFDT, nous ont interpelés. En effet, après une période de remplacement, il s’est retrouvé sur un poste pérenne, au « cœur du métier » de l’entreprise.
Nous avons donc alerté la DRH qui, dans un premier temps, nous a laissé espérer une requalification rapide sur le même poste. Puis après de nombreuses relances, un CDI lui a été proposé mais ..... à Cherbourg !
Le salarié a refusé, car non mobile géographiquement à cours terme. Nous lui avons donc proposé une démarche vers les prud’hommes, qu’il a accepté, déçu par l’attitude de l’entreprise à son égard.


Quel était l’objectif visé par la section ?

Laurent : A travers cette démarche, peu courante à Indret et de façon plus général à DCNS, nous avons voulu montrer, une nouvelle fois, à la direction que nous ne laisserons pas le travail précaire s’installer dans l’entreprise au-delà des règles légales.


Comment la section a mené son action au conseil des prud’hommes ?

Laurent : La section CFDT d’Indret travaille de façon habituelle avec l’avocat Jean-Christophe DAVID, membre du réseau régional d’expert CFDT. Il nous a donc accompagné juridiquement mais a aussi été un atout précieux et indispensable pour obtenir une audience et un rendu en moins de 2 mois. Le contrat de l’intérimaire se finissant le 16 décembre 2011, nous avons obtenu une réponse du conseil des prud’hommes le 15 décembre 2011.


Et ce jugement, alors ?

Laurent : Le résultat a été positif, à savoir une requalification en CDI sur le poste, à la date du premier contrat, le 12 octobre 2009, ainsi que des dommages. La direction de DCNS n’a pas fait appel de cette décision, c’est donc une vraie victoire, d’abord pour le salarié et ensuite pour la section CFDT.

Il est donc toujours en poste, ce salarié ?

Laurent : Oui, il est maintenant titulaire d’un CDI sur son même poste de travail, qui était bien pérenne. Il a fait le choix d’adherer à la CFDT dès le début de la démarche et aujourd’hui, il s’exprime largement pour parler du bon travail de la section CFDT.

Un mot de la fin, sur l'intérim, de façon général ?

Laurent : Depuis cet épisode, la direction nous prend encore plus au sérieux. Après nous avoir affirmé que l’on faisait « une grave erreur » en engageant une démarche prud’homale, elle vient de requalifier en CDI trois autres intérimaires que nous considérions abusifs.
Notre bataille contre l’emploi précaire et pour le maintien des compétences, car il ne faut pas oublier cet aspect essentiel, continue donc. L’intérim et les CDD répondent à des règles précises, nos dirigeants ne doivent pas les utiliser pour autre chose. C’est notre travail de syndicaliste CFDT d’y veiller.